CHAPITRE 01
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____Tu veux une pomme dans ta gueule, pauvre type ?! , pensai-je en serrant les dents.
De son côté, cet imbécile rigolait tout seul en me fixant comme un chat fixe la souris qu'il s'apprête à dévorer.
Je le haïssais. Tout bonnement. Edward Cullen, un beau rêve pour les midinettes trop maquillées qui lui couraient après, n'était qu'un horrible cauchemar pour moi. Moi, Isabella Swan, une des filles les moins populaires de ce lycée affreux. Moi, le puching-ball des enfants Cullen. Moi, la pauvre paumée maladroite que tous fuyaient comme la peste pour ne pas s'attirer les foudres du grand, du beau, du riche Cullen et de sa troupe. Le crétin pâlot aux yeux dorés dont l'activité préférée était de loin... La chasse à l'Isabella.
Pauvre con.
Il m'énervait sérieusement !
- Alors Isabella, continuait-il en adressant un clin d'½il à son fan-club toutes les deux minutes, on a voulu faire un effort pour s'habiller aujourd'hui ? Ce n'est pas trop réussi, mais c'est une première... Demoiselle Swan porte une jupe !
- Ah, ah, ah, lançai-je sombrement. Laisse-moi passer, Cullen.
Mais ce crétin d'Edward, qui avait du trop regarder de films à la télévision, me barrait le passage d'un bras de fer et d'un sourire ( faussement ) épanoui.
Mon Dieu, si je devais le haïr ne serait-ce qu'un tout petit peu plus, je crois que j'exploserai.
Je lui lançai un regard noir, les doigts de ma main droite désespérément crispés sur cette pauvre pomme qui n'avait rien demandé d'autre que de me servir de déjeuner. Je considérai la situation, vaguement effrayée mais trop habituée pour céder à la panique. Monsieur semblait d'humeur joueuse, aujourd'hui. Et ici, humeur joueuse signifiait bien évidemment « ahaha, allons pourrir la vie d'Isabella Swan ! »
Qu'est ce que j'avais fait au monde pour servir de cible aux flèches Cullen ?
Je resserrai mes doigts autour de la pomme et réfléchis un instant sans plus me préoccuper des blagues puériles que me balançaient mon tortionnaire. Une seconde plus tard, je me décidai. Tant pis pour les conséquences. J'adressai mentalement une excuse à la petite pomme rouge et la brandissait comme une arme en direction de la tête goguenarde de l'imbécile richissime.
- Casse-toi, je te dis !
- Désolé, Swan,...
Oh, non, pensai-je en grimaçant. Edward Cullen s'excusait ? Ce n'était jamais bon signe, ça. Je préférais me sauver avant de subir les assauts de ma tempête personnelle – vous savez, comme ces personnages de dessin animé qui ont constamment un gros nuage noir au dessus de la tête ?
Ce cher Edward était mon nuage.
Je baissai le poing qui contenait toujours la pomme, me recroquevillai et tentai de passer sous le bras de l'autre. Il me repoussa d'un geste nonchalant et ricana allègrement :
- Ta jupe me plaît tellement que j'ai une soudaine envie de manger avec toi.
Et puis quoi encore ? Et qu'avait-elle donc, ma jupe ? A vrai dire, si j'en portais une aujourd'hui, c'était plutôt par manque de choix qu'autre chose. Tous mes jeans étaient à laver, je m'y étais pris trop tard ; résultat, plus que des jupes. J'avais pris la première qui m'étais tombée sous la main – une rouge à motifs écossais – sans trop y faire attention ; apparemment, c'était un mauvais choix...
Je grommelai et jetai un regard en arrière pour voir si je pouvais m'échapper. Un seul coup d'½il me suffit ; je n'avais aucune chance, bien entendu – Cullen y avait veillé. Ses copains s'étaient savamment regroupés à l'arrière et bloquaient l'unique porte qui aurait pu me permettre d'échapper au gosse de riches sans trop de problèmes. Le reste des élèves du réfectoire avaient les yeux fixés sur nous.
Magnifique. Comme si ma journée pouvait être plus pourrie.
Avec un soupir résigné, j'abandonnai l'idée d'aller manger dehors et m'installai sur une des chaises les plus proches. Le crétin pédant passa une main victorieuse dans ses cheveux cuivrés. Il me balança un autre sourire sarcastique au visage avant d'aller s'asseoir devant moi, l'air très content de lui. Je serrai les dents. J'aurais voulu lui hurler au visage ce que je pensais de lui, à savoir « Pauvre type ! Pauvre con ! » et tous ces trucs en « pauvre.. » qui me donnaient l'impression d'être une déesse comparée à lui...
Le pauvre machin.
Mais le souvenir des paroles bienveillantes de Charlie me rappelèrent vivement à l'ordre. « Bella, ne te frotte pas aux Cullen. Ils sont bien trop puissants pour toi. Si l'un d'eux t'embête, attends juste que l'orage passe. N'en fais pas trop et ne te fais pas remarquer ! » Il était bien évidemment trop tard pour la dernière et la toute première partie de ses recommandations, mais je pouvais toujours essayer d'obéir au reste. Je n'avais pas envie que Charlie perde son boulot à cause d'une mésentente entre moi et le fils Cullen. Si Carlisle Cullen avait vent d'une quelconque dispute entre nous deux, il se ferait un plaisir d'utiliser son statut d'homme richissime et influent pour nous pourrir la vie...
Mieux valait adopter profil bas.
Je frémis de rage et croquai dans ma pomme pour me donner une contenance.
- Tu n'as rien de mieux à faire que de m'embêter ? Demandai-je à Cullen, la bouche pleine.
Il ne répondit pas, mais son sourire triomphal s'accentua ostensiblement. Il se pencha en avant, plaqua ses deux mains sur la table et me balança un coup de pied sous la table. Surprise, je lâchai ma pomme. Elle roula un instant sur mes cuisses et tomba à terre avec un bruit mat. Pétrifiée, je jetai un regard éloquent à l'ange démoniaque. Il n'en rit que plus encore.
Le con !
- On ne parle pas la bouche pleine, chérie.
Ecoeurée, je regardai la pomme sans rien dire. La troupe des admiratrices et des faux amis de Cullen ricanaient à l'unisson comme s'il venait de sortir la blague la plus hilarante de l'année. Quel humour, mes aïeux ! Autant rire parce qu'un prof avait fait la blague de l'interro surprise le premier avril...
- Ramasse ta pomme ! M'ordonna soudainement Cullen, sourire à l'appui.
- Non.
- Ramasse !
- Non.
Comme d'habitude, la grimace de mauvais augure qui naquît sur ses lèvres fines m'indiqua qu'il me fallait fuir si je tenais à ma vie. Je repoussai ma chaise pour me lever et désertai en vitesse sans même prendre la peine d'agiter le drapeau blanc – inutile avec ce dictateur psychopathe. Dans la précipitation la plus totale, je me jetai vers la porte désormais libre. Ma chaise tomba au sol dans un bruit de ferraille. Cullen cria quelque chose que je n'entendis pas ; je conclue rapidement qu'il avait dit aux autres de me rattraper lorsqu'un des types en maillot de foot qui suivaient constamment le gosse de riches me barra le passage. Mince ! C'était devenu une habitude ou quoi ? Je bifurquai aussitôt et courus dans la direction opposée, à défaut d'avoir une idée géniale qui me souffle ce qu'il fallait faire lorsqu'une grosse brute bouchait la première sortie et que six autres en bloquaient la deuxième...
Derrière moi, j'entendais Cullen rire de ce rire en grelots que je ne pouvais plus supporter. Mon c½ur battait au rythme de ces divines intonations – comment un pauvre type tel que lui pouvait-il avoir un visage, un corps et un rire aussi merveilleux ? Les groupies pro-Cullen gloussaient de tous côtés tandis que le surveillant qui avait la charge du self faisait semblant de ne pas voir qu'une bande de friqués musclés recommençaient leur chasse à l'Isabella.
Comme toujours, j'étais leur proie... et j'étais piégée.